La retraite des journalistes

Expert Benoît Fruchard
Benoît Fruchard
Mis à jour le 03 novembre 2021

En France, il y a environ 35 000 journalistes professionnels qui détiennent la carte de presse. Certains travaillent pour des chaines de service public tandis que d’autres exercent leur profession au sein de médias privés. Les journalistes relèvent du régime général, mais leur retraite présente quelques particularités.

Quelles sont les spécificités de la retraite des journalistes ? Comment est calculée leur retraite? A quel âge peuvent-ils liquider leurs droits ? Focus sur la retraite des journalistes.

Quelle est la caisse de retraite des journalistes ?

Les journalistes relèvent du régime général, et cotisent auprès de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV) pour leur retraite de base. Celle-ci est représentée par une Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail (CARSAT) dans chaque région. C’est la CARSAT qui est chargée du versement des retraites.

Il faut noter que les cotisations des journalistes sont soumises à des règles particulières :

  • L’abattement sur le taux de cotisation : le taux des cotisations des journalistes est réduit de 20%, pour le salarié comme pour l’employeur.
  • L’abattement sur l’assiette des cotisations : Les journalistes qui le souhaitent peuvent également faire baisser de 30% la base sur laquelle ils cotisent. Concrètement, ils perçoivent donc un salaire net plus élevé. Avant d’opter pour l’abattement, il faut se montrer vigilant, car il peut y avoir des conséquences sur la retraite :
    • Pour les journalistes qui perçoivent un salaire annuel inférieur à 48 736 euros (Plafond de la Sécurité Sociale + 7 600 €), profiter de l’abattement peut entrainer une baisse du montant de la retraite. Cela sera notamment le cas si l’abattement est appliqué sur les 25 meilleures années de la carrière du journalistes, sur la base desquelles est calculée la retraite.
    • Pour les journalistes dont le salaire dépasse 48 736 euros, il n’y a pas d’impact sur le montant de leur future retraite. En effet, il n’y a plus de cotisations pour la retraite de base sur la fraction du salaire qui dépasse le Plafond de la Sécurité Sociale.

Pour la retraite complémentaire, les journalistes sont affiliés à l’Agirc-Arrco, par le biais du groupe Audiens. Avant la des deux caisses en 2019, les journalistes cotisaient auprès d’Agirc, complémentaire des cadres. Contrairement à la CNAV, l’Agirc-Arrco est un régime à points.

Quel est le montant moyen de la retraite d’un journaliste ?

Le mode de calcul de la retraite des journalistes est le même que pour les autres salariés du régime général. Il est basé sur le salaire moyen durant les 25 meilleures années de la carrière du journaliste. Le taux de la pension est quand à lui déterminé par le rapport entre la durée de cotisation du salarié et la durée d’assurance de référence. Pour les journalistes, le taux plein correspond à 50% du salaire moyen. Pour calculer le montant de la retraite de base, on utilise la formule suivante :

Salaire moyen × taux de liquidation × (durée de cotisation/ durée de référence) = montant de la retraite de base.

La retraite peut cependant faire l’objet d’une décote si le journaliste n’a pas atteint la durée d’assurance exigée. A l’inverse, une surcote peut être accordée lorsque le salarié réunit plus de trimestres que nécessaire. Sous certaines conditions, le montant de la retraite peut également faire l’objet d’une majoration. C’est par exemple le cas pour les parents de familles nombreuses. La majoration accordée est alors de 10% pour les trois premiers enfants. Elle passe ensuite à 5% par enfant à partir du quatrième.

Quel est l’âge de départ à la retraite des journalistes ?

Comme tous les actifs dépendant du régime général, les journalistes peuvent partir à la retraite à 62 ans. Il faut néanmoins distinguer entre l’âge légal de départ à la retraite, et l’âge de départ à taux plein.

  • L’âge légal, qui est l’âge à partir duquel l’assuré peut liquider ses droits à la retraite. Il est fixé à 62 ans. Pour percevoir se retraite à taux plein, le salarié doit totaliser entre 165 et 172 trimestres d’assurance, selon son année de naissance.
  • L’âge à taux plein est l’âge à partir duquel le salarié obtient le taux plein automatiquement. Il touche sa retraite sans minoration, même sans justifier du nombre de trimestres requis pour le taux plein. Il est fixé à 67 ans pour les assurés nés après 1955.

Les journalistes doivent en principe partir à la retraite au plus tard à 70 ans. Entre 65 et 69 ans, l’employeur peut prendre l’initiative de mettre le journaliste à la retraite. Dans ce cas, ce dernier peut prétendre à une indemnité de départ à la retraite plus importante que ce qu’il aurait perçu pour un départ volontaire.

L’indemnité de départ en retraite des journalistes.

Tous les salariés du privé perçoivent une indemnité au moment de leur départ à la retraite. Pour les journalistes, il existe cependant une indemnité spécifique, qui est prévue par l’article 51 de la Convention collective nationale de travail des journalistes. Plus avantageuse que l’indemnité de base, elle est calculée en fonction de l’ancienneté du journaliste dans l’entreprise. Son montant correspond ainsi à :

  • 1 mois de salaire après 2 ans d’ancienneté ;
  • 2 mois de salaire après 5 ans d’ancienneté;
  • 3 mois de salaire après 10 ans d’ancienneté;
  • 4 mois de salaire après 20 ans d’ancienneté;
  • 5 mois de salaire à partir de 30 ans d’ancienneté.

L’indemnité de départ des journalistes n’est pas cumulable les autres indemnités du même type. C’est donc la plus avantageuse qui est accordée. Elle n’est versée une fois que le journaliste a obtenu la liquidation de sa retraite de base. Si le départ à la retraite résulte d’une initiative de l’employeur (pour les journalistes âgés de 65 à 69 ans), l’indemnité sera plus élevée que pour un départ volontaire.

Comment faire une demande de retraite pour un journaliste ?

Pour liquider ses droits à la retraite, le journaliste doit en faire la demande au moins 6 mois avant la date souhaitée de départ. Cette démarche peut être effectuée en ligne depuis le portail lassuranceretraite.fr. Depuis son espace sécurisé, l’assuré a la possibilité de compléter directement son dossier et déposer les pièces justificatives nécessaires. Pour suivre l’avancement de sa demande, il lui suffit ensuite d’accéder à la rubrique « Suivre ma demande en cours ». En parallèle, le journaliste doit informer son employeur de sa demande au moins 3 mois avant sa date de départ.

Cette démarche unique est valable à la fois pour le régime de base et pour le régime complémentaire. Une fois la retraite de base liquidée, le journaliste peut percevoir son indemnité de départ à la retraite, versée en une fois.

Quelle est la pension de réversion des journalistes ?

En cas de décès, le conjoint ou ex conjoint d’un journaliste a droit à une pension de réversion. Celle-ci correspond à une partie de la pension que le conjoint décédé percevait ou aurait perçu une fois à la retraite. Pour en bénéficier, il faut remplir certaines conditions :

  • Les conjoints devaient être mariés. En revanche, le PACS et le concubinage ne permettent pas de percevoir une pension de réversion.
  • Le conjoint survivant doit être âgé de 55 ans au moins.
  • Le montant des ressources du conjoint doit rester inférieur à certains plafonds. En 2021, il est fixé à 21 798,4 € pour une personne seule et 34 877,44 € pour un couple.

Dans le régime de base, la pension de réversion correspond à 54 % de la pension de retraite de l’assuré décédé. En 2021, son montant annuel doit être compris entre 3 492,37 € et 11 106,72 €. Seule la fraction de la pension comprise dans la limite des plafonds de ressources est versée. Il y a une exception lorsque la pension fait l’objet d’une majoration. Elle peut alors être versée au delà du plafond applicable aux ressources du conjoint survivant.

Le versement de la pension de réversion n’est pas automatique. Il faut en faire la demande sur le site info-retraite.fr dans la rubrique « Demander ma réversion ». Si la pension est accordée, le droit est établi à partir du 1er du mois suivant le dépôt de la demande.

Qu’est-ce que la réforme des retraites peut changer pour les journalistes ?

Voulue par Emmanuel Macron, la réforme des retraites prévoit l’instauration d’un régime universel à points. Il devrait commencer à s’appliquer progressivement à partir de la génération née en 1975. Parmi les modifications prévues par la réforme, certaines préoccupent particulièrement les journalistes.

Le changement de mode des calcul des retraites prévu par la réforme pourrait avoir un impact significatif pour les journalistes. C’est désormais la totalité de la carrière qui serait prise en compte, contre les 25 meilleures années aujourd’hui. Or la carrière des journalistes est rarement continue, et il est fréquent que ces derniers rencontrent des périodes de précarité. Avec la nouvelle méthode de calcul, ils risquent donc de percevoir une pension plus faible qu’avec le système actuel.

Concernant les abattements sur les cotisations des journalistes, sa disparition n’est pas prévue dans l’immédiat. En revanche, il pourrait s’avérer pénalisant avec le passage au système à point. Afin de limiter les conséquences de la réforme sur les droits à la retraite des journalistes, le gouvernement envisage l’attribution de points gratuits. Cette devrait cependant être transitoire, et s’étendre au maximum sur une quinzaine d’année.

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